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La venue de l’Imãm Mahdi et la situation des musulmans
|| Religion entre culture et politique
Au Bangladesh, un groupe d’extrémiste religieux mène une campagne agitée et violente pour déclarer les musulmans ahmadis comme non-musulmans. Nous avons pris la liberté de traduire et de reproduire pour nos lecteurs, une lettre pertinente de Kazi Anwarul Masud, Secrétaire et ambassadeur du Bangladesh, qui lutte pour le maintien de la liberté religieuse dans son pays.
Le monde doit-il craindre l’éventualité d’une montée de l’intolérance religieuse ? Notre lecture de la victoire de Bush doit-elle être celle du rôle, non moins insignifiant, de la droite chrétienne qui apparaît s’être bien panachée avec la couleur dominante de l’aile conservatrice du Parti Républicain qui symbolise les valeurs de l’individualisme économique, le darwinisme social et le nationalisme.

L’historien Bernard Lewis et ses essais critiques sur l’Islam sont lus avec une ferveur messianique. Samuel Huntington, à qui on doit la justification du désordre global en terme d’un choc de civilisations, est maintenant adulé comme un fils du sol pour son enquête sur l’hybridation des Etats-Unis causée par ‘l’invasion et la colonisation’ d’un grand nombre d’Hispaniques venant du Sud dont la langue et la culture sont différentes des Américains ‘mainstream’.

Le transnationalisme, épiphénomène inévitable de la globalisation, est maintenant perçu avec méfiance en Occident malgré qu’il a le pouvoir de symboliser, dans les mots de Ziauddin Sardar ‘la liberté, le progrès et le comportement citoyen, la loi, la tradition et la communauté ; ce qui est réel et ce que cela signifie d’être humain. Les civilisations non-occidentales ont intérêt à accepter ces définitions sinon elles seront considérées comme ‘non-existantes’.

Cette méfiance phobique de tout ce qui est lointainement différent du noyau de la pratique politico-culturelle résulte sans aucun doute du 9/11, mais elle est maintenant traduite comme une intrusion dans la vie privée des groupes de personnes, citoyens comme étrangers, renonçant totalement aux valeurs jusqu’ici adoptées et pratiquées par l’Occident. Cette intrusion est surtout ressentie par ceux qui suivent une religion autre que celle de la majorité. Les savants ont toujours cru que les religions ont été trop souvent utilisées pour ‘justifier la violation des droits de l’homme, en partie à travers l’utilisation hiérarchique et sélective des rôles éthiques et le renvoi de la justice temporelle à la justice divine’.

Il a été soutenu que l’éthique de la réciprocité va de pair avec la tolérance religieuse. Dans le Christianisme, par exemple, le concept a été défini dans un des Evangiles comme : « Faites aux autres ce que vous voulez qu’ils vous fassent. » Si un chrétien considère que son éthique religieux de réciprocité est d’une importance primordiale, alors il voudrait que les gens d’autres croyances jouissent de la liberté religieuse, de parole, d’assemblée et d’autres libertés énumérées par exemple, dans la Charte des Droits de l’Homme des Nations Unies et autres documents.

Cependant, il est reconnu que la liberté religieuse est un des sujets les plus complexes dans la loi et la pratique des droits de l’homme dans sa globalité. Il comprend un assortiment de droits et privilèges liés à la liberté contre la discrimination à cause de sa religion, la liberté de vivre dans une société qui ne privilégie aucune religion sur d’autres, et la liberté de jouir du respect des citoyens pour sa religion.

Thomas Hobbes, qui était l’un des premiers penseurs modernes occidentaux qui privilégiaient la justification laïque de l’État, démarche qui marquait une rupture de la philosophie anglaise de l’accentuation scolastique religieuse, observait que les humains étant effrayant et prédateur, devraient se soumettre à la suprématie absolue de l’État à la fois dans le domaine séculaire et religieux pour leur survie.

Le monde dans lequel nous vivons étant très éloigné de la fédération mondiale kantienne de la paix perpétuelle, où toutes les actions ne découlent ni du sens du devoir, ni dictées par la raison, mais très souvent pour des raisons de convenance, la liberté absolue de parole et d’expression sur les sujets religieux doit être restreinte, à ce moment de l’histoire.

Ainsi, dans la loi criminelle britannique, le délit de diffamation blasphématoire a évolué tout au long du 18ème siècle pour protéger la version anglicane du Christianisme, mais ignora les autres religions et croyances. C’est précisément pour cette raison que la justice britannique n’avait pas donné suite au cas de diffamation blasphématoire déposé par les musulmans britanniques contre Salman Rushdie pour son livre « Les Versets Sataniques » car l’irrévérence de Rushdie n’était pas reconnue comme un crime sous la loi britannique.

Doit-on comprendre que la suspicion paranoïde occidentale est montée à un tel niveau que la décimation des Talibans (quoique tout à fait justifiable), la destitution de Saddam Hussein, et le débat actuel sur l’apprivoisement des Iraniens ne seront pas seulement utiles tant à la survie du mode de vie occidental, qu’à celle de leur religion ? Mais aussi ce sera peut être nécessaire de faire appel aux méthodes d’inquisition incluant la mise en application des lois sur le blasphème là où elles existent et les faire légiférer là où elles n’existent pas ?

La définition du blasphème selon ‘Black’s Law Dictionary’ est : « Des blâmes, en paroles ou en écrits, à l’encontre de Dieu, de Son nom, de Ses attributs ou de Sa religion. En général le blasphème c’est de dire du mal de la Divinité avec des buts impies en vue de porter atteinte à la majesté divine et d’aliéner les esprits des autres de l’amour et de la révérence de Dieu. »

Malgré que la loi sur le blasphème ait été légiférée pour protéger la version anglicane du Christianisme, sa mise en application a été rare. Les Américains aussi ne sont pas à l’aise avec l’idée de punir quelqu’un pour le blasphème. Il va à l’encontre de la liberté de religion et de la liberté d’expression, toutes deux garanties par le Premier Amendement de la Constitution des États Unis. La Cour Suprême des EU n’a jamais eu à décider sur un cas de blasphème. Mais en 1952, elle a fait juridiction sur un sujet similaire. Le juge Tom Clark observa : « Ce n’est pas le travail du gouvernement de notre pays à supprimer les attaques réelles ou fictives sur une doctrine religieuse particulière. »

Au fil du temps, les cours de justice des EU conclurent que la poursuite pour des cas de blasphème était anticonstitutionnelle ou inapplicable. Aucune poursuite pour blasphème n’a eu lieu aux EU depuis 1971.

Ce sera peut être instructif de passer en revue l’impact des lois sur le blasphème dans les pays avoisinants. Dans le sous continent indien, les Britanniques promulguèrent les lois sur le blasphème pour protéger la minorité musulmane d’éventuelles attaques de la majorité hindoue. Après la création du Pakistan, comme les musulmans devinrent majoritaires, il n’y avait aucune raison de garder ces lois dans les ordonnances écrites. Mais au lieu de les abolir, les lois devinrent plus rigoureuses. Les lois votées entre 1980 et 1991 (la prison à vie fut remplacée par la peine de mort obligatoire) firent des musulmans plus intolérants envers les non-musulmans. De 1948 à 1979, onze cas de blasphème ont été enregistrés. Seulement trois cas furent rapportés entre 1979 et 1986. Quarante-quatre cas furent déposés pendant la période 1987 à 1999. En 2000, cinquante-deux cas étaient déposés, dont quarante-trois contre les musulmans et neuf contre les non-musulmans.

Cela démontre que les musulmans pour régler les vieilles querelles contre leurs camarades musulmans abusent ouvertement des lois existantes. Les juristes ont soulevé la question si un non-musulman peut être condamné à mort s’il est déjà un Kafir (non- croyant) et non un Mourtad (apostat ou celui qui a répudié l’Islam après l’avoir accepté). Sans remonter dans les complexités de la loi islamique sur ce sujet, on peut sans risque faire l’observation que les lois sur le blasphème et leurs strictes applications n’ont pas rehaussé l’image du Pakistan dans le monde comme un pays musulman tolérant. La Commission des Droits de l’Homme des Nations Unies, se référant aux lois pakistanaises sur le blasphème observa : « Quand la discrimination religieuse est inscrite dans les lois et incrustée dans la structure de la société, cela amène très souvent à la victimisation des minorités aussi bien qu’aux meurtres et assassinats. »

La Commission des Nations Unies rappela au Pakistan que ses lois ont abouti, dans le temps, à l’intolérance religieuse et à la violence contre les chrétiens, hindous et membres de la communauté Ahmadiyya. De plus, la commission rappela au Pakistan la ‘Catholic Bishops Conference of Pakistan’, qui avait soutenu que le simple fait d’utiliser ces lois était un abus car ces dernières étaient intrinsèquement mauvaises, le langage ambigu, les objectifs douteux et elles étaient dépourvues de protection contre toute utilisation abusive. La Commission des Nations Unies demanda au Pakistan de révoquer toutes les lois discriminatoires incluant les lois sur le blasphème et de ratifier les traités sur les droits de l’homme qu’il n’avait pas encore ratifié.

Nous, au Bangladesh, devons être prudents des dangers de l’extrémisme religieux en vue de l’agitation actuelle menée par un groupe d’extrémistes islamiques pour déclarer les ahmadis au Bangladesh comme étant non-musulmans. Irene Khan qui est à la tête de ‘Amnesty

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